Ce vocable pour le moins hybride à première vue, a fait ces derniers temps une percée remarquable dans le langage urbain très fleuri des ivoiriens. Mais il faut être honnête et reconnaitre qu’il fait plus de mal que de bien à la réputation de ces francophones d’Afrique de l’ouest, dont la contribution en revanche à l’enrichissement du français tel qu’il est parlé en Afrique n’est pas du tout négligeable. Mais, c’est quoi le malparlage?

C’est quel wé?

C’est tout simplement du Nouchi, l’argot ivoirien , et cette question posée justement en nouchi, se traduirait en français courant par: de quoi s’agit t’il?

Eh bien, Malparlage est un mot nouchi, l’argot commun ou si vous preferez, le jargot ivoirien parlé pratiquement par non seulement tous les ivoiriens, mais aussi par un bon nombre de francophones bien au delà des frontières de la Côte d’Ivoire.

Je dis que c’est plutôt un jargot que de l’argot pur parce que ça fait déjà un bout de temps maintenant qu’il a quitté les abords des cinémas des quartiers populaires de la ville d’Abidjan, où il a été crée par des jeunes désœuvrés et illettrés de la pègre de la capitale économique, qui pour avoir un langage bien à eux, se sont senti obligés de rafistoler les bribes de français qu’ils parlaient très mal, avec des mots de leurs dialectes respectifs, pour pouvoir créer cet argot, ce langage crypté qu’ils ont baptisé du nom de nouchi.

Définition & contexte social

Le malparlage, c’est l’art de mal parler au gens, c’est l’art du langage irrespectueux à la limite insultant, mais si je l’assimile à de l’art, c’est tout simplement que ce style de langage a emprunté beaucoup à l’art de la repartie que les ivoiriens ont hérité des français, je devrais plutôt dire copié sur les français et cuisiné à la sauce ivoirienne. Je dis copié parce que de tous les francophones, africains surtout, les ivoiriens sont les plus enclin à répondre du tac au tac à toute personne au cours d’une conversation où ils peuvent en un tour de main, faire monter le mercure pour répliquer à des pics ( les fameuses punchlines) ou tout simplement désarçonner d’entrée de jeu un interlocuteur jugé hostile. Les ivoiriens, c’est comme un conducteur de voiture de sport qui peut soudain mettre le turbo et se retrouver de 10km/ h au démarrage, à 200km/h en moins de 3 secondes.

Mais si tous les ivoiriens s’expriment plus ou moins aisément en nouchi, tous ne pratiquent pas systématiquement le malparlage, et certains plus que d’autres sont versés dans cet art oratoire dont il ne faut pas forcément se réjouir, mais en même temps, si on s’en tient simplement à l’aspect ludique de ces échanges, on prend aisément plaisir à écouter ou à lire des personnes qui s’adonnent à ce genre de spectacle; malheureusement ou heureusement, il n’y a que les ivoiriens qui savent précisément à quel moment tel ou tel interlocuteur a dépassé les bornes.

Si la dernière Coupe d’Afrique des Nations qui s’est déroulée au Cameroun, a permis à ceux-ci de montrer tout leur ”talent” dans ce mal qui fait tant parler de lui en exposant son visage hideux aux cours des empoignades verbales qu’ils ont eu, en particulier avec les camerounais, il y a bien longtemps que ces nouchis des temps modernes déversent presque sur tout le monde leur crachat au vitriol. Et plus sur les réseaux sociaux qu’ailleurs, on les voit qui n’hésitent pas à tirer parfois sur tout ce qui bouge, un peu comme ces bandits dans ces vieux films western ou ces productions chinoises d’art martiaux qui justement ont inspiré les créateurs de ce langage. En plus de la parole, le nouchi a aussi légué aux ivoiriens la mimique et la gestuelle de ces acteurs de ces fameux films des années 70 auxquelles comme toujours les ivoiriens ont apporté leur touche. Il faut préciser soit dit en passant que le terme nouchi désigne l’homme à la moustache en langue bambara, et qui très souvent était portée par ceux qui étaient les méchants et campaient les mauvais rôles et qui justement avaient eux aussi la langue bien pendue.

l’apogée du Malparlage

Je crois que nous vivons en ce moment même le summum de cette pratique qui je le dis une fois encore, n’honore pas vraiment les ivoiriens à l’extérieur et dans une certaine mesure en Côte d’Ivoire même. Je l’ai dit, la dernière Coupe d’Afrique de Football a mis en exergue tout le mal que pouvais causer le malparlage, mais c’est surtout sur les réseaux sociaux que les adeptes de cette mauvaise éducation prolifèrent, d’abord parce que même les plus puissants algorithmes de ces media n’ont pas encore intégré le nouchi pour pouvoir les arrêter net à chaque fois qu’ils enfreignent le code de bonne conduite défendu sur Facebook, Twitter, Instagram…etc. Quelques administrateurs ici et là essayent tant bien que mal de filtrer ce qu’ils peuvent pour garder le bon ton sur certains sites et forums publics ivoiriens, mais malheureusement eux aussi en font un peu trop par moment, en s’érigeant en censeurs ou en shérifs pour mettre tout le monde en prison, même pour des fadaises; ce comportement peut parfois nuire à la liberté d’expression, et ceci tout simplement parce que plutôt que d’user de leur bon sens, ils se prennent pour des rédacteurs en chef qui s’en jamais avoir été journaliste un seul jour de leur vie, ne savent donc rien de la déontologie de ce métier qui consiste à donner la parole à tous en éduquant justement les uns et les autres sur les règles qui régissent même cette liberté d’expression. Ah oui, j’oubliais, les réseaux sociaux ce ne sont pas vraiment des médias comme les journaux, la radio ou la télé où un contrôle plus strict est opéré sur ce qui peut être dit et ce qui ne peut l’être.

Le malparlage dans les media traditionnels

Parce qu’ils sont tenus par des cahiers de charges qu’ils doivent respecter, mais aussi et surtout parce que le langage autorisé sur ces plateformes est plutôt du registre standard voire soutenu que familier, les chances de dérapages sur les média officiels sont moindres. Mais étant donné que le nouchi fait parti intégrante de la culture des ivoiriens , appartenant même au patrimoine culturel national depuis peu, certaines émissions acceptent une certaine dose de nouchi, pour vue qu’il soit débarrassé de la charge négative et quelque fois nauséeuse des familiarités qui vont avec le malparlage, et qui malheureusement arrive à s’infiltrer malgré tout dans certaines de ces productions.

Ceci arrive aujourd’hui dans les télévisions et les radios en Côte d’Ivoire tout simplement parce qu’on a tellement donné du pouvoir à certaines personnes, qui non seulement ne le méritent pas, pour la simple raison qu’elles n’en ont pas la carrure, mais encore parce qu’elle n’ont pas le professionnalisme sensé aller avec le métier de présentateur ou de producteur. Très souvent, elles n’ont tout simplement pas une culture suffisante pour pouvoir tenir certains de ces programmes. Ainsi, ces personnes qu’on catapulte au devant des caméras ont ces derniers temps en Côte d’Ivoire transformées les plateaux de télévisions en des arènes où on invite les gens pour se battre plutôt que pour débattre. J’en veux pour preuve ce publique qu’on ameute pour venir encourager ces pauvres lutteurs qu’on jette en proie à ces soit-disants chroniqueurs ”assoiffés de sang” qui quand ils sont gentils, font durer la mise à mort en se contentant juste d’égratigner ou de mordiller ces pauvres ‘invictimes’ (invités-victimes), qu’ils laissent sciemment à peine en vie, pour qu’il aient assez de force pour revenir encore une autre fois se donner en spectacle.

Plutôt que d’avoir le souci d’éduquer, d’informer et d’instruire sainement leurs audiences, certain de ces présentateurs, producteurs, avilissent leurs intelligences. Et parce que certaines personnes ont compris la supercherie, elle refusent de se faire inviter sur certains plateaux, même si leurs métiers ou leurs carrières qui en dépend doit en pâtir; d’abord parce que ces artistes, leader d’opinion ou simples citoyens ont fait le choix d’éviter la médiocrité en se tenant loin de ces minus-habens présentateurs, mais en plus, elles préfèrent éviter d’être jeter en pâture à cette foule qui le plus clair du temps ne représente que la meute des followers de ces nouvelles célébrités qui après les émissions, continueront à les insulter sur les réseaux sociaux, en les déchirant de leurs crocs qu’ils ont aiguisés à force de se parfaire dans l’art du malparlage.

Quand à l’aéropage de chroniqueurs très souvent misérables qu’on invite pour participer à ces forfaitures, leur malparlage est plutôt dans le ton, la condescendance et le mépris qu’ils montrent à ces courageux invités qui prennent des risques en acceptant de se présenter sur leurs plateaux. En effet ce n’est plus simple de nos jours de passer à la télé, il faut avoir beaucoup de courage.

Certains de ces escrocs-chroniqueurs aux longues dent eux aussi, à force de regarder des programmes de télévisions françaises tels que On n’est pas couché ou Touche pas à mon poste pour ne citer que ceux là, se sont pris à rêver à devenir les Eric Zemmour ivoiriens ou Léa Salamé de Côte d’Ivoire. Sans pouvoir manipuler la langue de Molière comme leurs idoles ( le nouchi non plus d’ailleurs) qu’ils copient bêtement en se couvrant de ridicule, un bon nombre d’entre eux caressent même le rêve secret de se présenter un jour à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, comme une certaine audience en France continue de faire croire à un certain candidat qu’on peut diriger tout un peuple à coup de punchlines et de racisme; en Côte d’Ivoire on dirait plutôt à coup de rattrapage ou autre chose dans le genre. vraiment pathétique.

Analyse linguistique

Après cette petite digression, il est bon de revenir à la nature de ce qui nous intéresse ici pour parler de cette sociolecte qu’est le nouchi et principalement du malparlage.

En commençant, j’ai dit que le terme malparlage est un hybride à première vue, dans ce sens qu’il est facile en regardant ce mot composé, de vite dégagé le morphème mal de parlage qui je sais pour beaucoup n’est pas un vrai mot français, simplement parce que soit, ils n’en ont jamais entendu parler ou tout simplement parce qu’il ressemble à une fabrication du nouchi. Et bien sachez que le mot parlage existe, seulement voilà c’est un archaïsme, et je doute fort qu’en créant ce semblant de suffixe parlage, les nouchis qui souffrent d’illettrisme chronique avaient pour soucis de remettre au gout du jour cet ancien mot français qui étrangement est défini comme suit par le dictionnaire français en ligne linternaute.fr : ₁.bavardage ou discussion entre deux ou plusieurs personnes qui se caractérise par son inutilité et sa futilité. ₂.Argumentaire savamment travaillé, que l’on déroule pour tromper quelqu’un. Ainsi donc parlage dans ce contexte-ci, n’étant pas un vrai suffixe encore moins n’ayant pas la sémantique du vrai mot parlage ( même s’il s’en rapproche un peu), il est clair que ce mot nouchi est un hybride, comme on en trouve d’ailleurs un bon nombre dans différents argots.

C’est en morphologie, qu’on étudie ces particularités de la formation des mots de la langue, mais étant donné qu’il ne s’agit pas ici de vous faire un cours sur la structure interne des mots et de leur rapport avec d’autres mots dans la syntaxe, je m’arrêterai là. il suffit de savoir juste que, comme les actes manqués ( en psychanalyse), l’argot peut être aussi étudié pour comprendre le mécanisme de leurs formation par le biais de la linguistique.

L’évolution du Malparlage

Le nouchi qui bien plus qu’un langage a été au départ une manière d’être, est un style de vie qu’avaient adopté des groupes de voyous, de bandits qui plus tard sont devenus les fameux loubards en Côte d’Ivoire. Mais pour se donner une belle image, et surtout redorer leur blason, ces ”loubards” ivoiriens ont fait campagne pour être reconnu comme des Ziguehis; et aujourd’hui, le Ziguehi, c’est toujours ces jeunes gens ( et jeunes femmes) qui s’expriment en nouchi, adorent toujours les arts martiaux mais aussi la culture physique, et qui plutôt que de se livrer au banditisme en agressant les honnêtes gens qui passent, se retrouvent soit dans des sociétés de sécurité publics ou privées en mettant au service de la protection des biens et des personnes, leur art.

Je pense pour ma part qu’il est donc temps que tous les ivoiriens qui se reconnaissent dans la culture nouchi, en prennent de la graine et commence à désarmer leur langage en évitant cette agressivité inutile qu’ils exposent sur les réseaux sociaux, en se ventant même d’être des champions en langue pendue, tout ça sous le label du beau drapeau ivoirien qui a bien plus à offrir au monde que l’apologie de la vulgarité et de la petitesse d’esprit.

A ces chroniqueurs du dimanche, mais surtout à ces soit-disants influenceurs/influenceuses, blogueurs/blogueuses mal-léchés, qui ne savent que s’exprimer en malparlage, ils est tant que les ivoiriens opposent une fin de non-recevoir à leur propos et leurs interventions sous la bannière Orange Blanc et Vert, afin que le respect que mérite la Terre d’Eburnie revienne dans nos rapports avec nos frères des autres pays, surtout ceux des pays francophones à qui ont a fait beaucoup trop de mal; mal contre lequel ils ont souvent réagit plutôt en légitime défense.

Débarrassons le nouchi du malparlage, afin qu’une fois cette appendice amputée, nous ne courions plus de risque de faire une péritonite, pour enfin être pleinement digne d’avoir crée une culture urbaine que bien de gens nous envieront.

Jacques Faran K. / Texte original en français.

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