Côte d’Ivoire, Semaine VII

Aujourd’hui plus que jamais, et ceci dans presque tous les aspects de la vie, nous assistons à une sorte de résurgence d’un certain manichéisme dans les positions et les réactions des humains sur les grands et menus sujets existentiels auxquels ils sont confrontés.

Les choses sont vues en noir ou en blanc, aucune nuance de gris entre les deux, les gens sont d’accord avec vous ou contre vous, on est amis ou ennemies ; l’intérêt premier pour chacun, et tout ce qui peut bénéficier à sa petite personne plutôt qu’au public, et à un certain niveau, les considérations tribalistes, l’emportent sur les valeurs républicaines et la race (la couleur de peau) sur l’humain.

Le mal s’oppose au bien et le vice envers ça ; librement, chacun choisi son camp pour s’imposer ou dominer, ce qui bien évidemment conduit à une confrontation permanente entre ces deux extrêmes qui semblent être d’accord aujourd’hui sur leur incapacité à vivre ensemble, et le plus effrayant dans tout ça, c’est qu’il semble que la Terre soit devenu trop petite pour accommoder des opinions divergentes, au point où au regard de ce qu’on peut constater, il faudrait que cette confrontation ait lieu pour que seul le vainqueur règne et conduise le monde selon sa vision de la vérité. Malgré tout, nous continuons de croire qu’un monde meilleur est possible.

La Réélection de Lula au Brésil

Aussi bizarre que cela puisse paraître, l’élection présidentielle au Brésil est le plus grand exemple récent pour démontrer cette division du monde en deux ; je devrais plutôt dire cette fracture du monde en deux. Mais elle n’est que la dernière en date car le refus de Donald Trump de reconnaitre sa défaite face à Joe Biden fut le premier grand choc qui a ouvert les yeux du monde sur cette scission qui l’a fait entrer dans une nouvelle ère où désormais, nous n’avons que deux choix dans les projets de société qui s’offre à nous, et ces choix sont des oppositions radicales qu’incarne chacun des deux camps qui se trouvent à droite ou à gauche.

Pourquoi Bolsonaro a-t-il mis deux jours avant de reconnaître sa défaite sans vraiment accepter la victoire de Lula ? Ce comportement qui traduit tout simplement la douleur que l’égoïsme récent à perdre une chose dont lui seul veut jouir, a failli se traduire par le refus pur et simple de quelqu’un à appliquer les règles du jeu démocratique. Et cette attitude tout à fin symptomatique de ce monde malade dans lequel nous vivons aujourd’hui, démontre l’entrée dans une ère où justement la démocratie est devenue l’ennemie numéro un à abattre, et cela ne présage rien de bon pour l’avenir du monde.

Le malheur de Bolsonaro vient du fait qu’avant lui, son mentor Donald Trump avait essayé la forfaiture de nier les résultats du vote en prétextant des fraudes que lui et son camp n’ont jusqu’aujourd’hui pas réussi à prouver. L’exercice s’avérait difficile pour le président sortant du Brésil qui aurait pu s’engouffrer dans le même stratagème ; mais n’ayant pas un début de preuve aussi petite soit-elle, sur laquelle il aurait pu surfer pour à coup de mensonges et de fake news renverser la vapeur, il s’est vu, surtout sans grand soutien, obligé d’abandonner ce qu’il avait déjà perdu.

La Réélection de Netanyahu

Le même scénario qui montre cette grande fracture du monde se déroule aussi sous nos yeux en Israël, où après avoir été battu démocratiquement en Juin 2021, Benjamin Netanyahu sur qui pèsent de graves accusations de corruption, s’apprête à revenir au pouvoir après avoir scellé des alliances presque contre nature, avec le plus farouche parti extrémiste juif orthodoxe qui dans cette coalition avec le Likoud, va vraisemblablement transformer la Knesset en une assemblée nationale divisée en deux avec des partis radicalement opposés. 

Il est important de souligner ici que sans le moindre attentat contre la pratique démocratique, contrairement à ce à côté de quoi nous sommes passé au Brésil, Netanyahu reviendra au pouvoir de façon démocratique ; à la différence qu’en s’associant avec le parti sioniste d’extrême droite, le Likoud vient de tuer toute chance d’existence des autres partis qui se situant au milieu, permettait un équilibre avec d’autres voix que celles aux extrémités, mais permetait surtout l’expression des minorités qui dans une démocratie vraie ont aussi le droit d’exister.

Et c’est en cela qu’Israël si besoin était, vient encore une fois de prouver à la face du monde qu’il maitrise l’art de manœuvrer pour garder le pouvoir, ainsi qu’il l’a démontrée au cours des siècles de règne du peuple juif sur le reste du monde. Cette position du peuple juif qui lui vaut la haine et le mépris de bien de peuples depuis plus d’un millénaire comme l’a bien souligné justement Benjamin Netanyahu au cours d’une émission avec Bill Maher, à la suite de la controverse avec Kanye West sur les propos antisémites proféré par le rappeur américain, est une démonstration que notre monde à besoin plus que jamais d’un vrai équilibre entre les peuples.

Tout en condamnant les propos de Kanye West, et tout autre propos injurieux ou offensant à l’endroit de tout peuple quel qu’il soit, il faut simplement souligner que le problème qui revient souvent avec le peuple juif, c’est cette attitude ‘’égoïste’’ à tort ou à raison qu’on lui reproche de n’œuvrer que pour le bien unique de cette communauté dans un monde où si tu n’es pas de sang juif, tu n’es bon qu’à subir les décisions prises par ce groupe. Certaines personnes pensent même que le rejet du Christ, par cette frange orthodoxe juif radicale, a accentué cette vision égoïste du juif qui lui vaut le mépris d’une grande partie des autres peuples, alors que Jésus Christ était justement venu pour démocratiser cet amour qui plutôt que d’être entretenu entre juifs seulement, aurait dut être partagé avec tous les peuples du monde.

Je m’arrêterai là pour ma part sur cette question précise en disant simplement que tout un chacun est libre d’avoir sa propre opinion sur les affaires du monde, mais quelle que soit notre position, elle ne devrait jamais conduire à haïr son prochain, et au demeurant, il est tout à fait légitime que chaque peuple aspire à relever son niveau de vie et son bien-être, mais cela ne doit jamais se faire comme en démocratie vraie, au détriment des autres. Mais bien entendu, je suis assez avancé sur cette question pour savoir qu’il y a à cette histoire une dimension spirituelle qui échappe à bien de gens, et qui parce que n’ayant pas connaissance de ces arcanes, se résout simplement à la haine ; chacun devrait revoir sa copie sur ce point-là car tous autant que nous sommes, nous avons tous accès à ce trésor, les juifs ont découvert le chemin qui y mène, c’est à chacun de gravir la montagne.

Alassane Ouatarra regarde et apprend

Après cette digression, je viens pour conclure en attirant l’attention de mes compatriotes ivoiriens sur ce qui se prépare en Côte d’Ivoire. Je viens pour leur dire que si nous appliquons tout ce dont nous venons de parler, Alassane Ouattara qui observe tout, est en train d’apprendre de tous ces échecs pour faire mieux en 2025.

Étant entendu qu’il a définitivement abandonné le chemin de la réconciliation qui devrait éviter que cette fracture se concrétise en Côte d’Ivoire, il nous faut nous préparer à tout ce qu’il retiendra de tous ces échecs, pour réussir là où ces maitres ont échoués. Si on a compris ça, on sait désormais à quoi nous attendre dans la foulé de ce que nous venons de voir avec Trump, Bolsonaro, Netanyahu et tous ceux qui, militant pour maintenir un monde unipolaire, feront tout pour combattre la naissance de cet univers multipolaire, qui permettra une plus grande expression de la démocratie contre laquelle Alassane Ouattara travail jour et nuit.

Une Chronique Hybride de Jacques Faran K.

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